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La maladie de Sever

Les ostéochondroses représentent une des grandes causes d’arrêt du sport, définitif ou temporaire chez les jeunes adolescents. On sait que le sport de plus ou moins haut niveau exige un entraînement intensif et laisse peu de temps au repos. Durant la carrière d’un sportif, ces atteintes sont mal acceptées et il faut toute l’autorité et la rigueur des thérapeutes pour imposer une directive thérapeutique sans concession ni demi mesure, mais évitant si possible une trop grande indisponibilité qui pourrait briser une carrière prometteuse.

Définition


La maladie de Sever est une ostéochondrose apophysaire du noyau secondaire d’ossification postérieur du calcanéum. D’après la littérature , elle est l’atteinte du cartilage de croissance qui touche le plus grand nombre de sportifs. Cette maladie a été décrite par J. W. Sever en 1912.

Mécanisme d’apparition


On sait que l’apophyse postérieure de l’os du talon est richement vascularisée et est le siège d’une hyperhémie locale importante. Anatomiquement, elle est la zone d’insertion du tendon d’Achille et des muscles courts fléchisseurs plantaires. Cette dernière forme une véritable poulie de réflexion au sein du système suro-achilléo-plantaire ; très sollicitée au cours du développement, notamment pendant la pratique sportive, elle subit des traumatismes et des microtraumatismes par compression (1), cisaillement et traction (2 et 3) :
  • directement, par prise de contact du talon avec le sol (réception).
  • indirectement, par l’intermédiaire des forces de traction musculaire et des contraintes mécaniques vibratoires issues de l’onde de choc lors de l’impulsion et de la réception du pied avec le sol.

Cepndant, la maladie de Sever s’installe souvent sous l’effet de microtraumatismes répétés induits par :

  • la pratique intensive et le nombre d’heures d’entraînement par semaine.
  • les troubles statiques plantaires. Dans 80 % des cas atteints d’une maladie de Sever, on observe des pieds plats. Pour les 20 % restants, on retrouve des pieds creux ayant un tendon d’Achille souvent trop court.
  • un âge osseux moins mature par rapport à une population non sportive.
  • un retard de la puberté chez les deux sexes. C. JAFFRE [1] observe lors de son étude (1999) que les sportifs de haut niveau ont une maturité sexuelle inférieure par rapport à une population non sportive du même âge.
L’enfant et le jeune adolescent sont une mosaïque de cartilages de croissance ... les ostéochondroses sont à l’enfant ce que sont les tendinites à l’adulte...

Epidémiologie


La maladie de Sever touche les enfants sportifs âgés de 8 à 15 ans. Cette maladie atteint trois garçons pour une fille. De plus, d’après l’approche thérapeutique menée par M. ROZENBLAT et G. BAUCHOT [2] (1994) à partir d’une série de 68 sportifs, l’âge civil moyen des garçons est plus élevé que celui des filles au moment de l’apparition des premiers symptômes.

Examen clinique


Il s’agit d’une talalgie d’apparition progressive majorée par la marche, la montée ou la descente des escaliers et les activités physiques. La douleur est calmée par le repos. A un stade évolué de la maladie, la douleur irradie parfois vers le tendon d’Achille ou la plante du pied.

La marche à pieds nus est normale dans la très grande majorité des cas. Une légère boiterie est exceptionnellement rencontrée. La marche sur les talons réveille souvent la douleur. Il n’est pas rare que l’enfant adopte une marche sur la pointe des pieds afin de compenser la douleur. L’examen podoscopique met en évidence dans 40% des cas un trouble statique des pieds (pieds creux, pieds plats).

Examens complémentaires


Il n’existe pas d’examens complémentaires utiles pour diagnostiquer une maladie de Sever. La radiographie peut montrer un noyaux osseux calcanéen fragmenté, condensé avec une irrégularité des contours du noyau d’ossification mais, ces aspects s’observent chez l’enfant normal en dehors de toute symptomatologie douloureuse. Cependant, la radiographie permet de mener une étude comparative des calcaneus et voir si il n’y a pas une dispersion du noyau apophysaire calcanéen.

Le traitement


Le traitement de la maladie de Sever chez un jeune sportif doit être rapide et efficace. Il est double et consiste à :
  • soulager le/la sportif(ve) par un traitement symptomatique
  • lui permettre de poursuivre ses activités sportives avec un traitement étiologique, voire curatif

Le traitement symptomatique se fait en fonction des poussées douloureuses et ne dure jamais plus de quinze jours. Il associe :

  • la diminution des contraintes imposées au talon
  • la cryothérapie pluriquotidienne
  • l’application d’un gel anti-inflammatoire

Le traitement étiologique est utilisé de façon contemporaine au traitement symptomatique, il consiste en la réalisation d’orthèses plantaires amortissantes, correctrices et stabilisatrices. L’amorti du pied est assuré par l’utilisation de matériaux en mousse cellulaire viscoélastique. Ces matériaux ont pour but d’amortir une grande partie des vibrations consécutives aux chocs plantaires. L’épaisseur et la densité des matériaux utilisés dépendent du poids du sujet et surtout de sa répartition d’appui plantaire.

La correction a pour but de réaxer le pied. La surface d’appui va, ainsi, être normalisée et suffisante pour répartir les pressions. Parallèlement, la correction d’un varus ou d’un valgus permet d’obtenir une traction musculaire symétrique du triceps sural sur l’apophyse postérieure du talon. Le rééquilibrage musculaire va ainsi permettre une meilleure ostéogenèse de l’os du talon.


Notes

[1]JAFFRE C., COURTEIX D., DINE G., Activité physique et remodelage osseux : étude chez une population de jeunes gymnastes et sport, in science et sport n°6, volume 16, 2001, pp 321-322

[2] ROZENBLAT M., BAUCHOT G., La maladie de Sever, nouvelle approche thérapeutique à partir d’une série de 68 sportifs, in Journal de traumatologie du sport, novembre 1994, pp 90-96


[1] JAFFRE C., COURTEIX D., DINE G., Activité physique et remodelage osseux : étude chez une population de jeunes gymnastes et sport, in science et sport n°6, volume 16, 2001, pp 321-322

[2] ROZENBLAT M., BAUCHOT G., La maladie de Sever, nouvelle approche thérapeutique à partir d’une série de 68 sportifs, in Journal de traumatologie du sport, novembre 1994, pp 90-96

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